DE LA BIDOUILLE ET UNE VRAIE ENTREPRISE
Le 13 août 2020, Amapola voyait le jour.
À l’époque, je n’aurais probablement pas imaginé écrire, six ans plus tard, un article pour raconter son anniversaire. Et encore moins que j’aurais autant de choses à raconter.
Parce que six ans d’Amapola, c’est énormément de changements. C’est avoir changé d’avis sur un tas de choses, changé plusieurs fois de logo (beaucoup trop de fois, probablement), appris, douté, recommencé, créé des montagnes et des montagnes de papier… et surtout compris une chose : Amapola n’est pas une course. C’est un marathon.
Et après six ans, je crois que je suis toujours en train de courir.
Mais aujourd’hui, je sais pourquoi.
EN 2020, AMAPOLA N’ÉTAIT PAS ENCORE CELLE QUE JE CONNAIS AUJOURD’HUI
Quand j’ai créé Amapola en 2020, je me suis lancée un peu comme on attrape une bouée. Amapola a été une solution pour guérir, pour aller mieux, pour retrouver quelque chose qui me faisait du bien. Je savais que j’aimais créer, que j’aimais le papier, mais je ne savais pas encore exactement où tout cela allait m’emmener. Six ans plus tard, la différence est énorme.
Aujourd’hui, Amapola est un choix.
C’est devenu une vraie partie de moi. Une évidence même. Je ne me vois plus vivre sans elle. Je ne me vois plus faire autre chose à la place. C’est ma place. C’est là où je me sens bien. C’est ce que j’ai envie de faire tous les jours. Et ce qui me fait encore sourire après six ans, c’est qu’il n’y a pas un matin où je me lève en me disant que je n’ai pas envie d’aller travailler. Bon, il y a des matins où je n’ai pas envie de me lever. Mais ça, c’est autre chose. Avec le temps, j’ai aussi appris à structurer davantage ma vie autour de mon entreprise. Mon travail, mes journées, mes projets, ma manière d’en parler… tout a évolué.
Et notamment une chose qui peut paraître toute bête : le regard des autres sur mon travail.
Au début, Amapola pouvait encore être perçue comme une bidouille, un hobby, un passe-temps créatif. Aujourd’hui, mes proches savent que quand je suis en live, par exemple, je suis en train de travailler. Ils savent qu’on ne m’appelle pas juste pour papoter cinq minutes. Et ça, mine de rien, c’est une sacrée victoire.
LES PROJETS QUI ONT CHANGÉ LA DONNE
Au cours de ces six années, certaines créations ont particulièrement marqué mon parcours. Je pense notamment à un projet que j’appelle encore aujourd’hui « Tout pour Basile ». Jade et Bertrand, les parents de Basile, m’avaient confié plusieurs créations autour de la naissance et des premières années de leur fils. Le premier projet était un grand cadre décoratif autour du thème de la forêt, dans lequel devaient venir s’intégrer les photos des moisniversaires de Basile. C’était l’un de mes premiers gros projets. Un énorme challenge, beaucoup de travail, énormément de détails… mais surtout une confiance assez dingue de leur part. C’était aussi, à l’époque, l’un de mes projets les mieux rémunérés. Et je me suis éclatée.
Puis ils m’ont confié un deuxième projet : 18 cartes d’anniversaire, destinées à être remplies par la famille pour les 18 anniversaires de Basile à venir. 18 cartes différentes, mais qui devaient toutes fonctionner ensemble. Il fallait une continuité, une harmonie, une histoire commune entre les pièces.
Et enfin, pour son premier anniversaire, j’ai créé un cake topper toujours autour du même univers.
Le fil rouge était la forêt. Le cadre était peuplé de petits animaux, les cartes postales racontaient l’histoire d’un petit renard qui grandissait tous les cinq ans et le cake topper reprenait lui aussi ce petit renard. Tout se répondait. Et je crois que c’est exactement le genre de projet qui m’a fait comprendre à quel point j’aimais les créations sur mesure et les projets qui racontent une histoire.
Plus récemment, il y a aussi eu le bouquet de mariée d’Héloïse. Encore un gros projet. Encore une création qui m’a demandé beaucoup de réflexion, beaucoup de travail… et qui m’a procuré cette drôle de combinaison entre un stress absolument phénoménal et une dopamine tout aussi phénoménale. J’adore ça. J’adore quand quelqu’un arrive avec une idée, me fait confiance et me dit, en gros : « Je veux que ce soit toi qui le fasses. »
Et je trouve ça encore assez fou. Je crois en mon talent. Mais parfois, je me rends compte que mes clients y croient encore plus que moi. Et ça, c’est un cadeau extrêmement précieux.
LE MOMENT OÙ J’AI COMPRIS QU’AMAPOLA ÉTAIT VRAIMENT MON ENTREPRISE
Je crois pourtant que je n’ai pas vraiment compris qu’Amapola était devenue mon entreprise toute seule. Je l’ai compris à travers les autres. Et notamment à travers ma mère.
Pendant longtemps, mon objectif professionnel avait été de devenir professeure d’arts plastiques. Alors forcément, le fait de finalement devenir entrepreneure et de faire de la création en papier mon métier n’a pas forcément été quelque chose qui allait de soi pour tout le monde. Je n’ai jamais ressenti une véritable déception de la part de mes parents. Mais j’ai parfois eu l’impression qu’il y avait une forme de désillusion, ou peut-être simplement une difficulté à croire que ça pouvait réellement devenir mon métier. L’autre jour, ma mère a parlé de moi à des techniciens venus chez nous pour régler nos problèmes d’internet. Elle leur a expliqué que sa fille travaillait depuis chez elle, qu’elle était auto-entrepreneure et qu’elle avait besoin d’internet pour travailler. Et j’étais hyper fière. Pas parce qu’elle venait de leur annoncer quelque chose d’extraordinaire.
Mais parce qu’elle parlait de moi comme d’une professionnelle.
« Cécilia travaille. »
Ces quelques mots ont une autre saveur quand on a passé des années à expliquer qu’on ne « bidouille » pas simplement dans son coin. Et c’est pareil avec Sofian (mon compagnon). Je l’entends parler d’Amapola aux autres. Je l’entends parler de mon travail, de mes créations, de mon entreprise. Et à chaque fois, je me dis : ah oui. C’est vraiment mon entreprise.
C’est peut-être ça, finalement, qui me rend le plus fière : quand les autres parlent d’Amapola à ma place. Et inversement.
SIX ANS APRÈS, CE QUI N’A PAS CHANGÉ
Il y a pourtant une chose qui n’a quasiment pas bougé depuis 2020.
Le plaisir.
Le plaisir de créer. L’envie d’en faire toujours plus. D’essayer autrement. De m’améliorer. De trouver de nouvelles idées. De partager. Ma créativité s’essouffle assez peu, et je trouve ça presque aussi dingue que les six années que je viens de passer. J’ai toujours envie de créer davantage. Toujours envie d’apprendre. Toujours envie de grandir. Et surtout, toujours cette envie d’être grande. Grande dans ce que je fais, grande dans mes ambitions, grande dans la place que je prends avec mon entreprise. Sans pour autant devenir une multinationale du papier avec 48 salariés et un service comptabilité. Ça tombe bien, je ne suis pas certaine d’avoir envie de ça.
ET PUIS IL Y A LES CHIFFRES
Je ne vais pas vous faire le discours de la success story avec des chiffres astronomiques et une photo de moi devant une montagne de billets. Ce n’est pas ma réalité. Mais je suis fière de mes chiffres. Parce que quand je fais mes bilans, je prends parfois le temps de regarder ce que j’ai réellement généré toute seule. L’année dernière, mon revenu fiscal de référence était d’environ 6 000 €. Cette année, il était autour de 9 000 €. Ce ne sont peut-être pas des chiffres impressionnants pour tout le monde. Mais moi, je sais ce qu’ils représentent.
Je sais le nombre d’heures passées à créer, à découper, à répondre aux messages, préparer des commandes, faire des photos, publier sur les réseaux sociaux, gérer mon site internet, chercher des idées, préparer Patreon, faire des factures, communiquer, prospecter… Je sais aussi que ces chiffres ne signifient pas que je gagne 9 000 € dans ma poche. Il y a les charges, les dépenses de l’entreprise, le matériel, le fonctionnement… et la réalité parfois assez précaire d’une entrepreneure qui ne peut pas encore vivre confortablement de son activité.
Mais malgré tout ça, je regarde ces chiffres et je me dis :
C’est moi qui ai fait ça.
Moi toute seule.
Et plus particulièrement depuis l’ouverture de mon site internet, je vois progressivement mon activité se structurer et se développer. Alors oui, je suis fière. Pas forcément du montant en lui-même. Mais de tout le travail qu’il représente.
ET MAINTENANT ?
Je n’ai jamais vraiment eu de business plan sur quinze ans. Je fonctionne beaucoup au contexte, à l’envie, à l’ambiance du moment. J’ai besoin d’être plongée dans un univers pour réussir à créer pleinement. Je suis incapable de me dire en janvier : « Bon, alors le 17 octobre, je serai dans l’ambiance Halloween et je vais créer exactement ça. ». Non. Il faut que je sois dans Halloween. Que je sente Halloween. Que je voie Halloween partout. Et là, seulement là, mon cerveau décide éventuellement de coopérer.
C’est probablement aussi ce qui explique pourquoi mon entreprise avance parfois de manière un peu moins linéaire que prévu. Mais depuis quelque temps, j’ai quand même envie de structurer davantage certaines choses. Je me suis notamment remise à prospecter, avec l’envie de développer davantage les collaborations, les ateliers et les projets avec des professionnels. Et puis il y a un changement important : j’ai déménagé.
Une nouvelle maison, une nouvelle ville, un nouvel atelier à construire… et quelque part, un nouveau départ pour Amapola aussi. J’ai aujourd’hui l’occasion de m’implanter davantage dans la ville où je vis, de faire connaître mon travail autour de moi et de construire quelque chose de nouveau. J’ai aussi envie de continuer à développer mes créations. Peut-être avec un nouveau kit qui viendrait, un jour, prendre la suite des Fleurs en KIT.
Je ne sais pas encore exactement à quoi ressembleront les prochaines années. Et finalement, ça me va plutôt bien. Parce que si ces six premières années m’ont appris quelque chose, c’est que je n’ai absolument aucune idée de tout ce qu’Amapola sera devenue dans six ans. Mais je sais une chose.
EN 2020, AMAPOLA M’A AIDÉE À ALLER MIEUX.
EN 2026, AMAPOLA EST DEVENUE MA PLACE.
Et pour la suite, j’ai bien l’intention de continuer à la remplir de papier, de projets, de créations et de nouvelles idées.
Bon anniversaire Amapola.
Et merci d’être devenue mon métier.
— Amapola,

